Interview L’OMBRA

Interview L’OMBRA

 

Tout d'abord, je tiens à remercier chaleureusement le groupe de m'avoir accordé de leur temps. Merci à eux...

Je vous souhaite une excellente lecture.

Stay Rock

 


1.   Bonjour, pouvez-vous nous parler de la genèse de L’Ombra en tant que groupe ? Comment vous êtes-vous rencontrés et qu'est-ce qui vous a motivés à créer de la musique ensemble ?

(Antoine) Bonjour, L’OMBRA est né de la rencontre entre Giulia & moi-même, de notre passion commune pour la recherche et l’expérimentation, que se soit pour la musique ou les langues.  Italienne d’origine, en 2016, Giulia terminait son master de français et anglais en littérature comparée, en France, à Chambéry, en parallèle du conservatoire. Moi j'étais déjà musicien à temps plein et on a eu l’envie de fusionner nos différents centres d’intérêts dans un groupe.
Sans oublier un attrait commun pour le bizarre, l’étrange et le mystère... La thématique de l’ombre c’est assez vite imposée !

 

2.   Quelles sont vos principales influences musicales en tant que groupe ? Y a-t-il des artistes ou des genres spécifiques qui ont particulièrement inspiré votre style ?

(Antoine) Notre musique est un mélange de pop indé et de rock progressif.
Pour citer quelques références, il y a bien le spleen de Radiohead, très contemporain et influent, qui se réinvente régulièrement, Patrick Watson, pour la douceur et le côté musique de film, Björk pour la folie créatrice et la féminité, Pink Floyd pour les grands espaces, King Crimson pour le goût de l’expérimentation.
En plus de la pop et du rock, comme les artistes sus-cités, dans l’écriture on peut ressentir l’influence du jazz du point de vue de la richesse harmonique (l’utilisation des accords) et du « groove », mais aussi du point de vue du sentiment nostalgique inspiré par la musique classique post-romantique, comme Claude Debussy, Erik Satie ou Edvard Grieg.
 
 

3.   Comment décririez-vous le processus de création musicale au sein de L’Ombra ? Est-ce un effort collaboratif ou chacun apporte-t-il ses propres idées distinctes ?

(Antoine) Le schéma type de l’écriture d’un morceau se déroule souvent de cette manière :
Giulia (la chanteuse) propose une mélodie et un texte parlant d'un personnage.
Je compose le reste à la guitare folk, de sorte à obtenir une « chanson », qui se tienne déjà guitare/chant. Un format « pop-song », compact et acoustique.
Ensuite, nous finissons l’écriture ensemble, à 4 : nous jouons, nous explorons, nous complétons, nous pimentons, en ajoutant des effets et de l’intensité…
Mais bien sûr, pour ne pas sombrer dans les habitudes, nous n'hésitons pas à bousculer cette méthode : « Soli II » est écrit à 4 mains, « Pas à Pas » est une collaboration entre Paul le batteur, et Giulia, j’ai entièrement composé « Soli I », « Tissus » est une grille de notre ancien guitariste Skippy...

 

4.   Quels sont les défis auxquels vous avez été confrontés en tant que groupe ?


(Antoine) Par deux fois nous avons eu la chance d’expérimenter une version live 360°, toute immersive.
On se dispose en cercle, autour du public. le son et la lumière sont en multidiffusion.
Le public se déplace librement dans l’espace et « l' ombre » devient ainsi omniprésente. On perçoit les choses différemment lorsque le son vient de derrière, d’à côté...
Et côté musiciens, on se retrouve à 10 mètres les uns des autres, donc on est obligés de chercher la connexion autrement !


C’est pour nous et notre équipe technique, un sacré challenge, mais un réel bonheur que d’exprimer ainsi notre musique « aérienne » en 3D, en sortant des codes du concert classique.
 
Ensuite il y a eu le passage de la période COVID : nous étions entre autres sur une création avec un collège qui devait aboutir à un concert… Nous ne pouvions travailler qu’en distanciel ou par petits groupes. Nous avons finalement réussi à métamorphoser ça en enregistrement, puis en clip vidéo et même un documentaire retraçant toute de cette histoire. Ce fut finalement assez exutoire pour les collégiens et nous-même : vous trouverez le résultat de cette « aventure » intitulé « Flou Artistique » sur notre chaîne YouTube
*lien direct* https://www.youtube.com/watch?v=PkjkHUfLYNw
*chaine youtube* https://www.youtube.com/channel/UC9mdNb_lUk_92JQuXMpzyBA


Il a fallu aussi faire face au départ de notre guitariste historique, pour reconversion. On aura mis un certain temps à retrouver un complice et un musicien correspondant à notre orientation avant de rencontrer Pierre Chamot.
 
Et puis plus personnellement, il y a 2 ans, notre séparation avec Giulia. Les aléas de la vie mais encore un défi de taille. Nous avons réussi à surmonter la tristesse, les remords et les regrets, et sublimer ça en complicité et en amitié indéfectible. Ce fut finalement assez cathartique et une source d’inspiration qui donnent « Soli », un album que vous comprendrez chargé émotionnellement.

 

5.   En quoi votre approche de la composition et de l'écriture de chansons a-t-elle évolué depuis vos débuts jusqu'à la sortie de votre dernier album "Soli" ?

(Antoine) Pour ceux/celles qui connaissent notre premier EP, notre propos est relativement moins sombre qu’auparavant.
Nos goûts et nos recherches musicales ont évolué, notamment en 2021 avec l’arrivée de notre nouveau guitariste Pierre CHAMOT (Melatonin, Moonbird). Du rock sombre et progressif vers de la pop indé planante et nostalgique, façon Radiohead. De notre point de vue, moins complexe, mais tout aussi riche. A noter aussi que l’écriture à été plus collaborative sur cet album.
 
 

6.   Comment choisissez-vous les thèmes et les sujets abordés dans vos chansons ? Y a-t-il des expériences personnelles ou des événements du monde réel qui vous inspirent ?

(Giulia) Les « personnages » dont je parle dans « Soli » sont principalement des personnes réelles, et que j'ai connu ou côtoyé. Cela donne quelque chose d'intime, de sensible et personnelle. Une sorte de costume et de tableau sur mesure.
« Pas à pas » parle du rapport avec mon père, « L'hirondelle » d'une amie partie trop tôt, « Plume » des défauts physique qui peuvent nous empêcher d'être heureux, “Soli I” et “Soli II” de la séparation et de la solitude qui en découle...

 

7.   Comment percevez-vous la scène musicale actuelle en France et en Europe ? Quels sont, selon vous, les défis et les opportunités pour les groupes émergents comme L’Ombra ?

(Giulia) La plus grosse difficulté pour nous est d'avoir un projet rock qui est bien souvent défini comme inclassable et qui ne chante pas exclusivement en français ou en anglais. Depuis le COVID je pense aussi que nous sommes entrés dans l'époque de la programmation des "petites formes" (duos, DJ… )... Ce qui forcément restreint petit à petit le champ des possibles pour de nouveaux arrivants... Nous avons l'envie de croire que dans le futur, malgré la crise, il y aura plus de place pour des formations plus conséquentes et qu'il y ait plus de visibilité pour des groupes émergents qui sortent un peu de l'ordinaire. Les opportunités il faut pour l'instant les créer soi même ou aller les chercher ! Car en plus des répétitions il faut aussi ouvrir des portes avec du travail administratif, du démarchage et en essayant de trouver des soutiens sans lesquels on pourrait aller nulle part ! Et en parlant des soutiens on remercie l'équipe de L'APEJS de Chambéry qui nous aide depuis nos débuts et le Collectif Puzzle, dont on fait partie, qui est une pépinière de projets musicaux magnifiques !
 
 

8.   Outre la musique, y a-t-il d'autres formes d'art ou d'influences culturelles qui nourrissent votre créativité en tant que groupe ?

(Giulia & Antoine) Les peintures de Soulage et sa recherche de « l’outrenoir ». Faire ressortir des jeux de lumières d'un tableau entièrement noir, c’est assez inspirant pour un groupe comme « L’Ombra ».
Marc-Antoine Matthieux et ses romans graphiques ("3 secondes", "Sens") qui interrogent de manière poétique le fond et la forme en permanence.
Kundera également, pour sa drôlerie, son humanisme, sa poésie et son intelligence. C’est un auteur qui joue beaucoup avec la forme, il n’hésite pas à mélanger les époques, le styles au sein du même roman, permettant quelques trouvailles toutes aussi inattendues que lumineuses. Je vous invite à lire, si vous ne les connaissez pas “Le livre du rire et de l’oubli” ou “La lenteur”.


 

9.   Pouvez-vous nous parler de l'inspiration derrière le mélange unique de vibes françaises et italiennes dans votre musique, particulièrement évident dans votre dernier album "Soli" ?

(Giulia) Étant italienne, la question de mes origines est toujours présente dans tous mes projets artistiques ! Quand je suis arrivée en France il y a 15 ans je refusais de chanter en italien, car je voulais m'intégrer et m'imprégner de la chanson française, petit à petit j'ai commencé à chanter des chansons italiennes dans mes groupes de reprise… Il y a quelques années avec la disparition de ma grand-mère, j'ai commencé à m'intéresser aux patois aux traditions de chez moi et à tout le bagage culturel qui est en train de se perdre... Maintenant cela ne me quitte plus et je ne peux pas m'empêcher de mélanger ma culture d'origine et ma culture d'adoption… Dans l'Ombra souvent je chante en français pour raconter des histoires de personnes que j'ai côtoyé (L'hirondelle, Pas à pas, Maman) et j'utilise l'italien pour parler des choses plus intimes et personnelles (« Soli I » et « Soli II »)


 

10. "Soli" a été décrit comme une aventure sonore. Pouvez-vous nous en dire plus sur le voyage que vous souhaitez faire vivre aux auditeurs à travers cet album ?

(Antoine) Comme le précédent EP, nous avons abordé cet album comme un recueil de nouvelles. Chaque chapitre ayant son personnage doté de son histoire, de ses défauts, de sa sensibilité et de son environnement propre.
Ce sont ces éléments qui nous guident dans l’écriture, jusque dans l’orchestration, pour illustrer au mieux la singularité et la beauté de ses héros « extra et ordinaires ».
D’une chanson à l’autre, on peut ressentir des émotions tout en contraste, comme dans la vie finalement. Car si nous avons toute cette palette d’émotion en nous, il serait dommage d’en explorer qu’un seul type.


 

11. La qualité de production de "Soli" a été saluée comme étant de premier ordre. Comment avez-vous abordé le processus d'enregistrement pour obtenir un son aussi soigné ?

(Antoine) Merci pour le compliment :)
Que se soit pour le studio ou le mix, nous avons la chance de travailler avec des techniciens très pointus, avec qui nous sommes complices et avons l’habitude de travailler en live. Ils sont eux-même amis et complice entre eux.
Cédric Lergès pour le studio La Forge (à la montagne, en pleine Chartreuse), et Olivier Valcarcel pour le mix.
Olivier est également musicien, il a d’ailleurs un projet très intéressant techniquement et puissant musicalement Absence of Colors (avec Cédric au son, tiens tiens…).
C’est d’ailleurs grâce à son talent et ces compétences très poussés que nous avons pu développer la formule 360° en multidiffusion.
Tout d’abord, nous avons bien soigné notre « pré-prod » par nous-même afin d’aller au bouts des arrangements et de définir aux max les parties « re-re ».
Ensuite, en studio, nous avons enregistré chacun notre tour, pour bien soigner chaque étape et optimiser les prises. Seules la basse et la batterie ont été enregistrées en même temps pour un maximum de cohésion.
Et enfin, nous avons veillé à garder un esprit de recherche sonore, toujours une petite dose d’imprévu et de spontanéité dans les prises sur chacune des chansons… Ce qui donne, à mon sens, de la vie et une sensation « d’instant présent » à l’écoute.

 

12. Votre musique a été comparée à une fusion de Radiohead, Patrick Watson, David Bowie et Bjork. Comment naviguez-vous pour incorporer des influences aussi diverses dans votre son tout en maintenant une identité cohérente ?

(Giulia) Dans l'ombra les styles et les influences sont au service de l'histoire que l’on raconte. Le fil rouge de Soli, comme son nom l'indique, étant la solitude qui parfois peut être troublante, parfois mélancolique, parfois bénéfique aussi… Dans « Soli » nous racontons des histoires tout en nous racontant un peu aussi… C'est peut être ça qui donne l'homogénéité et la cohérence du projet.

 

13. Comment voyez-vous "Soli" s'inscrire dans le paysage plus large du rock, du progressif et de la musique éthérée ? Qu'est-ce qui, selon vous, le distingue des autres sorties dans ces genres ?

(Antoine) Le texte et les personnages étant au cœur de la création, on s’autorise peut-être plus d’écarts de forme et de style que des représentants de genre musicaux.
Bien souvent le fond nous amène à la forme. C’est à dire, qu’au-delà de la mélodie proposée par Giulia, le point de départ musicale m’est dicté par le personnage : sa particularité, son caractère, sa psychologie, sa sensibilité, son environnement…
Par exemple, si le héros boîte, la musique sera boiteuse rythmiquement, si le personnage est solaire, nous chercherons à faire « briller » nos accords, si le personnage a subis des violence, la musique le sera aussi…
C’est d’abord et avant tout, une intention traduite en une atmosphère, un riff, un son ou parfois même un bruit. Après, viennent les accords, la rythmique, l’architecture pour créer un tableau dans lequel notre personnage évolue. D’où peut-être notre côté éthéré.
Enfin, et seulement à la toute fin, on accentue le « style » qui nous semble opportun pour lier le tout.
Ce qui n’est pas une démarche courante dans le rock ou la pop, me semble t’il.
On se rapproche plus de la « chanson » de ce point de vue là, mais avec une instrumentation plutôt rock au sens large.
 
 

14. La pochette de l'album "Soli" est visuellement frappante. Pourriez-vous nous donner un aperçu de la vision artistique derrière la couverture et de sa relation avec la musique à l'intérieur ?

(Giulia) Nous avons travaillé étroitement avec le graphiste Rémy Porcar (Chambéry, 73) et Geoffrey Grangé de L'Apothicaire Sérigraphie (Talissieu, 01) pour créer un objet personnel et artisanal.
Nous aimions le jeu des textures, le noir et le blanc nous renvoie à notre côté mélancolique et "romantique", le personnage principal nous renvoie à la sensibilité et aux thématiques féminines qui sont très présentes dans l'album. Les papillons, pour le coté aérien et un petit trait doré suggère l'aspect lumineux qu'on essaie de mettre en avant dans cet album ! Tout est un peu flou et mystérieux, peut être comme les gens qui sont derrière l'ombra (rires)  !
 
(Antoine) Pour moi, le cadran solaire est très important. C’est l’élément liant. Il représente le soleil et la lumière, sans lesquels, rappelons-le, nous n’auriont pas « d’ombre »... Mais symbolise aussi le temps, qui nous fait parfois peser la solitude.
 
 

15. Qu'espérez-vous que les auditeurs retiendront de l'expérience de "Soli" par L’Ombra ? Enfin, quels sont vos projets futurs en tant que groupe ? Pouvons-nous nous attendre à de nouvelles sorties, des tournées ou d'autres événements passionnants de la part de L’Ombra dans un proche avenir ?

(Giulia) Ça peut paraître peut sembler banal, mais nous espérons émouvoir les personnes qui l'écoutent… Après tout, n’est-ce pas un le but de la musique ? On espère que les gens s'identifient dans nos paroles et qu'ils se laissent embarquer dans ce voyage à travers la solitude… Nous avons envie de les accueillir dans notre monde fait de hauts et de bas, de doutes, mais aussi de légèreté, de lumière, de rencontres et de trouvailles…

(Giulia) Notre dernier concert 360 nous a donné envie de continuer à développer cette config et la proposer à d'autres salles de spectacle (ou autre !).
Nous sommes en train de programmer une tournée en Italie en Piémont et Ligurie pour l'automne 2024 prochain.
Et sur le moyen terme on aimerait bien réaliser une version acoustique de notre set avec en guest le trio de chants italiens à cappella Ascolta, dont je fais partie ! Vous pouvez les entendre sur le titre “Nonni” (en patois piémontais) !
Sur le long terme nous réfléchissons à, pourquoi pas… créer un album entièrement en italien.
 

16. Le Mot de la Fin ?

(Giulia) “Grazie nonno Jeff per questa bella intervista !” :-)
(Antoine) Restez curieux, soyez ouverts, libres… et optimistes !

 

L'OMBRA - "Soli I"


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