De l'underground lyonnais aux terres gelées de la scène métal québécoise, Dépérir trace sa route à la force du poignet et malgré les galères de line-up depuis 2011. Le groupe a partagé la scène avec des pointures comme Taake ou Cryptopsy, traversé un océan, et survécu aux impératifs professionnels de ses membres. Ils viennent tout juste de boucler leur toute première vraie tournée entre la France et la Belgique aux côtés de Himinbjorg et Putrefaction Of Rotting Corpses, qui s'est terminée en beauté au Lions Metal Fest pour défendre leur nouvel EP dévastateur, WAR, disponible chez Adipocere Records. On leur a envoyé nos questions par écrit pour dresser le bilan de ce périple européen, causer des réalités sanglantes derrière leurs nouveaux morceaux et savoir ce que ça a fait de ramener enfin leur métal lourd à la maison. Voici leurs réponses.
Le Périple Transatlantique & Les Racines
Metal Papy Jeff vous remercie de nous accorder un peu de votre temps...
1.Question : Bonjour, Dépérir est né en France en 2011, mais en 2015, Nico et Sorthei se sont tous les deux installés au Québec. Comment ce déménagement outre-Atlantique a-t-il modifié l'identité du groupe et votre manière de composer ?
Bonjour à toi ! Rien n’a changé ni au niveau de l’identité ni de la façon de composer. Nous sommes restés les mêmes personnes malgré qu’on ait changé de continent. Dépérir est et restera Dépérir quoi qu’il arrive.
2. Question : Quand vous avez commencé à enchaîner les concerts au Québec en 2015 aux côtés de groupes comme Délétère ou Neige Éternelle, comment le public local a-t-il accueilli votre style ? C'était très différent de la France ?
On a reçu un très bon accueil de la part du public Québécois. Il y a une très grosse scène Metal extrême ici et beaucoup de concert entre la ville de Québec et Montreal. On a rapidement fait notre place et on a été invité à jouer un peu partout rapidement.
3. Question : Vous vous êtes forgés une sacrée réputation sur la scène québécoise depuis dix ans. Aujourd'hui, vous vous considérez plutôt comme un groupe français, québécois, ou un entre-deux apatride ?
Dépérir est devenue une alliance Franco/Québecoise mais on restera à jamais attaché à la France.
4. Question : En 2020, Sorthei a dû quitter le groupe parce qu'il est devenu pilote de ligne. C'est une excuse plutôt insolite pour un membre fondateur. Comment avez-vous géré ce départ sur le plan humain et créatif ?
Il n’est pas parti du groupe ! Ses disponibilités l’empêchent parfois de pouvoir participer aux concerts et on est obligé de trouver des remplaçants. Sorthei reste un membre de Dépérir à part entière et il participe activement à la création des morceaux.
5. Question : Nico a dû enregistrer à la fois les guitares et la basse pour l'album Black Beast. Est-ce que cette urgence a changé votre méthode de travail ou est-ce que ça vous a juste forcés à aller droit au but ?
Je l’ai fait car on a perdu notre bassiste juste avant le passage en studio pour l’enregistrement de Black Beast… Aujourd’hui, Mo est notre bassiste officiel et c’est sans aucun doute le meilleur bassiste avec qui j’ai eu l’occasion de jouer dans ma vie. Allez écouter ce qu’il fait sur le titre CCCP du nouveau EP, c’est impressionnant !
6. Question : Vous avez collaboré avec de sacrés clients en studio, comme Kevin Foley à la batterie ou Vincent Houde au chant. Qu'est-ce que ces personnalités fortes ont apporté au son de Dépérir ?
Kevin Foley a donné une couleur particulière aux parties de batteries de Black Beast en effet. Les structures et les passes ont été écrites par Sorthei mais quand l’implication de Kevin a été confirmé je lui ai tout de suite dit qu’il avait carte blanche tant qu’il suivait la structure des morceaux et le résultat est excellent !
7. Question : Samuel Santiago a rejoint le groupe comme batteur de session pour le live après de gros jams fin 2021. Comment son gros bagage technique a-t-il modifié l'énergie du groupe sur scène ?
On remercie Samuel pour l’année et demie qu’il a passé avec nous. Il nous a permis de promouvoir l’album Black Beast partout au Quebec. Il fallait un batteur de talent pour reproduire le travail de Kevin Foley en live et il a relevé le défi avec brio. Malheureusement des conflits personnels nous ont forcé à nous séparer de lui. On lui souhaite le meilleur pour la suite de sa carrière.
8. Question : Vous changez encore de batteur en 2025 pendant la composition de WAR. Comment réussit-on à garder l'identité de Dépérir intacte avec autant de mouvements de personnel ?
Comme je te l’ai dit, non, nous ne changeons pas de batteur, Sorthei reste le batteur de Dépérir mais nous avons eu besoin de Kevin Lampron-Drolet pour la tournée européenne et on le remercie grandement pour son travail et son engagement !
9. Question : Votre premier album éponyme a été mixé en France au Convulsound Studio. Pourquoi c'était important pour vous de garder ce lien sonore avec la France malgré la distance ?
Thibault Bernard est un ami de longue date et il était pour moi totalement logique que ce soit lui qui mixe nos deux premiers albums ! En ce qui concerne le nouveau EP, nous avons tout fait nous-même par manque de temps et de budget. La batterie a été enregistrée au Studio Sonum, toutes les guitares, basse, chant ont été faites dans le home studio de Wax, notre guitariste soliste et je me suis occupé du mixage et du mastering. Pour une facture qui s’élève à 0$, on est très content du résultat.
10. Question : Avec le recul, quel regard portez-vous sur l'album Black Beast sorti en 2022 à Montréal, et comment vous a-t-il fait évoluer par rapport au premier disque de 2017 ?
On est extrêmement satisfait du travail fait sur Black Beast, le son est impeccable et le tout est enregistré chirurgicalement ! Pour le nouveau EP, on avait envie de retourner à un son plus brut et plus old school ! Le fait de l’avoir fait nous même sans passer par un studio pro nous a donné la touche sale que nous cherchions.
11. Question : Votre nouvel EP s'intitule sobrement WAR. Pourquoi ce thème si frontal en 2026, et qu'est-ce qu'il représente pour vous aujourd'hui ?
Regarde l’état du monde, écoute les infos, ouvre ta fenêtre après un match de foot et tu comprendras que la guerre est omniprésente. Le choix du concept de ce EP était donc facile à trouver. Il représente la réalité du monde et ce n’est que le début !
12. Question : Le single "Bloodspill" s'est fait interdire aux moins de 18 ans sur YouTube à cause de son "contenu historique sanglant". C'est quoi l'histoire derrière ce morceau ? C'est de la pure provocation ou il y a un message plus profond derrière le sang ?
Bloodspill parle de la seconde guerre mondiale et on est allé chercher des images d’archives qui n’ont pas passé la barrière de la tolérance de Youtube… Aucun message caché la dedans, simplement l’envie de développer ce sujet. Allez le voir et faites-vous votre avis.
13. Question : Pour cet EP, comment décririez-vous la variété des morceaux ? On reste dans de l'extrême pur et dur ou vous avez tenté de nouvelles textures sonores ?
Ça reste du Dépérir quoi qu’il arrive. Je pense que Bloodspill est un de nos morceaux les plus violent jamais écrit et on a fait un tour vers quelque chose d’un peu plus punk pour le morceau CCCP. On s’est amusé à ajouter quelques samples sur certains titres mais je ne t’en dirais pas plus, je laisse les gens écouter et se faire leur propre avis sur nos évolutions musicales.
14. Question : Vous avez sorti le deuxième single de WAR le 16 avril dernier. Quels ont été les premiers retours des fans avec la sortie imminente de l'EP ?
Le retour a été excellent et on savait que ce titre avait quelque chose d’intéressant à apporter à notre auditoire ! Toujours un plaisir de voir de bons commentaires quand tu sors un nouveau single. Pour ceux qui ne l’ont toujours pas écouté, allez-y ou bien allez-vous faire foutre !
15. Question : Vous avez joué à La Messe des Morts avec des pointures du black métal comme Marduk ou Sargeist. Est-ce que frotter votre musique à ce genre de métal très sombre et rituel a influencé votre approche de la scène ?
C’est toujours impressionnant de jouer avec de tel mastodonte de la scène extrême mais il faut aussi garder son identité et donc, non, on n’a rien changé à notre façon d’être et je le conseille à tous les groupes ! Restez vous-même et gardez votre identité propre.
16. Question : Après avoir écumé des festivals locaux comme le Gaspesian Metal Fest ou le Skogen Fest, quel est votre pire ou meilleur souvenir avec le public québécois ?
On a que des bons souvenirs de tous nos passages sur scène ! C’est pour ça qu’on fait de la musique ! On joue, on prend du plaisir ! On n’est pas là pour dire : ça c’est bien ça ce n’est pas bien. On prend ce qui vient et on en fait de bons souvenirs ! Une chose à ne jamais oublier, c’est que le meilleur moment d’un concert c’est l’after haha
17. Question : Vous venez tout juste de terminer votre première vraie tournée en France et en Belgique. Maintenant que la poussière est retombée, est-ce que ce périple a eu des airs de retour aux sources triomphal, ou est-ce que c'était un défi totalement différent de vos concerts au Québec ?
Tout s’est tellement bien passé qu’on est sur un nuage en revenant au Québec. Le retour du public et tout particulièrement au Lions Metal Fest a été incroyable ! Certainement un des meilleurs concerts du groupe depuis sa création ! On organise une soirée d’écoute le 20 mai dans un bar à Québec et on attend beaucoup de monde. Pour le moment uniquement les Français et les Belges ont pu écouter le EP au complet, on a hâte que les Québécois puissent le faire à leur tour.
18. Question : Vous avez partagé la route avec Himinbjorg et Putrefaction Of Rotting Corpses. Comment s'est passée la cohabitation entre les groupes et quel accueil le public européen vous a-t-il réservé ?
Les membres de ces deux groupes sont tous de vieux amis. Je partageais la scène avec Himinbjorg début des années 2000 avec mon ancien groupe Decent. Ils sont aussi chez Adipocere et le choix de monter cette tournée avec eux était de toute logique. Léonard, le batteur de P.O.R.C, est un ami depuis presque 30 ans, il est de ma ville natale et je le considère comme mon frère ! Cette tournée a été un véritable rêve éveillé pour nous tous.
19. Question : L'EP WAR est sorti en CD chez Adipocere Records le 20 mai, pile le jour du premier concert de la tournée. Qu'est-ce que ça vous a fait de voir les fans tenir enfin l'objet physique entre leurs mains au stand de merch dès le premier soir ?
C’était dingue ! On a volé depuis Québec, roulé jusqu’en Belgique, et là on rejoint Himinbjorg qui me donne une boite avec les EP que je n’avais encore jamais vu ! Pouvoir offrir un produit que tu viens juste de découvrir est vraiment cool et on remercie tout le monde qui a eu un intérêt pour ce nouveau EP.
20. Question : Le mot de la Fin ?
Merci à toi pour cette interview !
On revient en Europe aussi vite que possible !
Objectif Hellfest 2027 !
Dépérir n’est pas du genre à choisir la facilité. Leur histoire est une leçon d'endurance, dictée par l'exil et un amour brut pour le métal lourd. Après avoir laissé une traînée de poudre en France et en Belgique jusqu'au Lions Metal Fest, le trio vient de prouver que la distance n'éteint pas la rage. Allez choper le CD de WAR chez Adipocere Records, jetez un œil au clip censuré de "Bloodspill" et ne les ratez sous aucun prétexte la prochaine fois qu'ils reprennent l'avion pour l'Europe. L'underground a besoin de ce sang-là.
https://deperir.bandcamp.com/album/war-e-p-ep-2026-adipocere-records
https://www.youtube.com/watch?v=kz6YKmoAIeg



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